Je suis sur le chantier, un peu en avance pour le rendez-vous. Je fais le tour, vais dans une des 2 salles de bain, j'en profite pour faire quelques petites retouches de maquillage. J'ai le cheveu légèrement foufou style séchage tête en bas après avoir généreusement vaporisé un spray Davines, parfait dupe du fameux Surf Spray de Bumble&Bumble. La conductrice de travaux m'a prévenue de son retard, j'allais devoir commencer toute seule. J'entends un véhicule, je regarde ma montre machinalement, il est à l'heure. Je me saisis du cahier dans lequel j'ai consigné tous les travaux à lui confier. J'entends son pas, il tape à la porte restée ouverte.

Il s'avance vers moi, son timide sourire de circonstance dévoile une dentition parfaite. A ce moment précis j'ai voulu être un cornichon, m'appeler Maille, être le dernier du bocal et jouer à CrocMi CrocMoi. Je bénis le retard de la conductrice, les autres artisans pas disponibles à cette heure là ainsi que le Mâle retardé par son travail.

Je me présente :

- "Mademoiselle Maille"

- "Excusez-moi, dis je en pouffant, Mademoiselle B, mais je viens de manger un cornichon"

A son regard aussi vif que celui de Loana, j'ai compris que c'était trop tôt pour faire de l'humour.

Il se présente à son tour. Aucune originalité, nom, prénom, classique.

Je me ressaisis, compulse mon cahier et lui propose de me suivre.

Direct je l'emmène dans ma chambre. J'expose, explique.  Il m'écoute, acquiesce et commence à regarder la pièce en détail ... Enfin je peux mâter la bête  à ma guise. La trentaine resplendissante, un corps de rêve, propre sur lui, le cheveu encore mouillé, le poil luisant, le mouvement souple, le geste sûr, il balade sa main sur les murs, touche, tape, tapote, caresse. Je mute, je suis une pâte brisée, je m'appelle Herta, j'ai l'opercule qui saute, le papier sulfurisé qui se décolle, je ne demande qu'à être pétrie, malaxée, étalée, garnie .... sucré, salé peu m'importe ça va être la régalade.

-"Je reviens"

Je reprends mes esprits en même temps que forme humaine.

Il revient avec son mètre. Il s'accroupit, se lève, prend les mesures. Ses gestes sont souples, précis, concis. Je n'en perds pas une miette. Le tee-shirt et le jean masque à peine sa morphologie.  Je me transporte à La Renaissance, je suis Léonard de Vinci, il sera mon homme de Vitruve,  l'illustration de la divine proportion, le nombre d'or.

-"Bonjour"

La conductrice de travaux se présente dans l'embrasure de la porte, elle me demande si ça va. Je ne sais pas si je dois lui dire qu'en quelques minutes je suis passée du stade de cornichon à celui de pâte brisée pour finir en génie de la renaissance. On ne se connait pas encore assez je choisis de m'abstenir.