Hier je vous ai promis un effort pour le prochain billet. J'avoue que j'avais déjà mentalement architecturé le truc, disons que j'avais en tête l'idée maîtresse, le tout étant de la transcrire en propos. Las en ce moment ce n'est pas une mince affaire, car quand j'arrive à l'hôtel le soir je suis physiquement en pleine forme, mais psychologiquement vidée. Les mots viennent, mais les formulations sont approximatives et surtout je n'arrive pas à écrire quelque chose de construit. Bref. Attention sans transition aucune.

Ce soir je suis en Haute-Loire, je ne vous ferai pas un laïus sur l'hôtel ... tout simplement parfait. Donc quand l'établissement me met dans de bonnes dispositions et que la table promet d'être bonne, en général je fais abstraction de mon plateau repas fétiche et j'honore le restaurant de mon humble présence. L'hôtel propose des livres et des revues, je pioche au hasard et prend le numéro de "Madame Figaro" du week-end dernier avant d'être confortablement et très gentiment installée à ma table. Le menu me promet un beau voyage gustatif et je patiente en commençant à feuilleter la revue qui annonce en couverture ... je vous le donne en mille ... un spécial Mode.

S'il y a bien une revue que je n'ai jamais acheté c'est celle-là. Sauf depuis que je fréquente les parents du Mâle. Son père a plaisir à aller acheter le Figaro, Figaro Magazine et Figaro Madame le dimanche matin. Ils sont particulièrement bourges, complètement de droite, je savais que le Figaro aussi donc tout ça était assez logique. Mais je dois reconnaitre avec le recul, qu'il n'est pas rare, qu'après le repas et mon aide aux tâches domestiques qui s'en suivent,je m'assieds pour lire le Figaro Magazine et Madame Figaro en buvant mon café. Souvent d'ailleurs je note des infos, des adresses, je découpe des pages.  Ce soir la lecture n'a pas dérogé à la règle. La revue m'a suivie dans la chambre et j'ai pris des notes.

Donc hier Elle et Grazia sont restées à l'hôtel sans que je note quoi que ce soit, et ce soir j'ai fait suivre Madame Figaro pour prendre des notes. Du coup je me demande est-ce que je suis une bourge de droite imbue de ma personne ? Quelle est la femme Elle, la femme Grazia et la femme Figaro. En 48H j'ai feuilleté les 3 et voilà comment à chaud je perçois les choses.

Miss Grazia : Entre 20 et 30 ans, plutôt parisienne, études supérieures, travaille ou va travailler dans la comm, l'informatique, les nouvelles technologies ou tout métier hype. Elle adore les marques qui sont nées avec sa génération Isabel Marrant, Jérôme Dreyfuss, Maje, Sandro .... rêve d'un 2.55, fantasme devant une paire de Louboutin, se demande si sucer c'est tromper, elle trouve plus hype d'utiliser des termes anglosaxons, a un iphone. Elle est hyper connectée par nature, a besoin de suivre tout et surtout n'importe quoi, n'a pas encore de conscience politique, se fout de l'écologie. Elle consomme, va vite, est hyper décomplexée mais pas encore affirmée. Bref une dinde qui se la pète, mais n'a encore rien prouvé. L'homme est considéré comme un accessoire, elle ne se projette pas et vit l'instant présent. Elle est influençable, sous influence et change d'avis comme de culotte, elle zappe, twitte et like à tout bout de champ.

Mademoiselle Elle : Entre 30 et 40 ans, assurément parisienne, cadre sup, plutôt célibataire ou fraichement divorcée. Elle a affirmé sa CSP et fait le déni de sa fibre maternelle. Elle se lève à 6H du mat pour ouvrir la porte de son loft parisien à son coach de Pilates après qu'elle ait enduit sa soyeuse chevelure d'huile traitante. Après avoir twitté les mensurations de son coach, elle prend sa douche et pose un masque liftant, révélateur d'éclat qui va agir pendant qu'elle prépare son ptit déj composé d'un smoothie à base de produits bio, un Nespresso et plusieurs capsules Oenobiol ou DLab. Elle réinvestit sa salle de bain, applique son sérum, sa crème de jour, son contour des yeux, se lave des dents, se maquille religieusement, fait son brushing, ....... Elle surbooke son temps libre, court les ventes presse, les soirées en vue, va au Spa 1 fois par mois. Elle truste les accès aux fashion week, consomme de l'information pour alimenter les conversations, a besoin d'être au courant de tout ce qui se fait, elle parle couramment anglais, va régulièrement à New York. Elle est superficielle, artificielle, chiante, castratrice.

Madame Figaro : Autour des 40 ans jusqu'à ... pas d'âge, la doyenne devant être Liliane de Bettencourt. Elle vit dans un milieu aisé et/ou bourgeois, mariée, catholique que ce soit à Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux ou toute ville bourgeoise. Elle gravite dans un microcosme élitiste et privilégié; son monde est luxe, paillette, glamour, caviar et champagne. Elle est au fait de l'actualité de la mode, ses 2.55 côtoient ses Kelly dans son dressing réalisé sur mesure dans son appartement de la Place des Vosges ou son hôtel particulier. Elle est imbuvable, hautaine, son brushing parfaitement maitrisé, elle est toujours impeccable, plutôt blonde, botoxée ou en passe de l'être. Elle est lisse, parfaitement lisse, sans aspérité, les ongles toujours parfaitement manucurés, ses talons de 12 foulent rarement le bitume, plus habitués aux moquettes épaisses des palaces, des véhicules de luxe, les parquets anciens et les marbres glacés des boutiques de luxe.

Je ne me reconnais dans aucune de ces descriptions, et pourtant je trouve plus mon compte dans Madame Figaro, ça me fait mal aux fesses de le dire, par principe, mais je prends toujours plaisir à le feuilleter. Je ne comprends pourtant pas pourquoi les revues féminines sont aussi formatées, stéréotypées. Justement à la radio aujourd'hui j'entendais un journaliste qui expliquait qu'un des plus gros tirages allemand "Brigitte" avait banni il y a 3 ans les mannequins, et faisaient figurer dans leurs pages uniquement des lectrices. Des femmes comme vous, comme moi. Sauf que 3 ans plus tard ils reviennent aux mannequins les ventes ayant chutées depuis. En gros on rêve "sur le papier" de ce type de magazine mais on ne l'achète pas. C'est comme les logements sociaux, nous sommes tous pour, pourvu qu'ils ne soient pas construits dans notre environnement proche, dans notre quartier.

Ce qui me parait paradoxal c'est de mettre en regard de mon propos précédent, les blogs mode. Certains ont énormément de succès, ce sont des filles quasi "normales" qui mixent des pièces créateurs, avec des pièces plus cheap shoppées (j'adopte le vocabulaire blogueuse) chez Zara, H&M, Asos, Urban Outfitters et consors. Ces filles sur la toile ont du succès et pourtant sur le papier apparemment ça ne marcherait pas, je me demande bien pourquoi. Pourtant ce serait pas mal une revue qui mêlerait artistiquement des pièces luxe, créateurs qui envoient du rêve avec des pièces qui relèvent du possible pour la majorité. J'aimerais une revue qui aime les femmes qui ne se résument pas à un porte-manteau. J'aimerais une revue qui décrypte objectivement l'offre en produits de beauté.

Tiens une info glanée dans Madame Figaro, le site d'une consultante mode que les magazines américains les plus influents classent parmi les personnalités incontournables du Net. Erica Domesek qui a créé son blog Psimadethis.com spécialisé dans le DIY (Do It Yourself, le fait soi-même). Vêtements, bijoux, déco, objets du quotidien , elle glane son inspiration sur les podiums et propose des tutos chaque semaine. Je suis allée y faire un tour rapide, ça me parait varié, facile, inspiré alors pourquoi ne pas vous le faire connaitre si ce n'est pas déjà fait. Pour celles qui ont quelques moyens le site Modaoperandi : 2 new-yorkaises qui vous proposent les vêtements de la saison prochaine apparemment à des prix plus intéressants.

Forcément je n'ai pas du tout écrit ce à quoi je pensais hier soir, tout ça part en sucette, mais j'ai une bonne excuse. En regagnant ma chambre j'ai croisé le Chef, il a engagé la conversation, j'étais en verve, curieuse de la recette de mon entrée, du coup j'ai eu droit à la dégustation de digestifs locaux ... No comment.